ortograf-fr Débutant(e)

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Posted: Tue 22 Apr - 20:55 Post subject: La musique du langage et ses aléas |
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La musique du langage et ses aléas
Presque cinquante ans plus tard, je revois encore Jean Sarrazin, maître de chapelle à la cathédrale de Besançon, faire le geste et insister pour obtenir, dans un chant, le timbre bien marqué qu'il voulait pour un son "a".
Ce souci de perfection dans la prononciation se retrouve, à un niveau moindre, chez des grandes personnes qui font parler soigneusement des jeunes enfants, par exemple à l'occasion de l'apprentissage d'une comptine.
A - La prononciation courante des Français d'une région donnée est moins bien définie maintenant qu'en 1960, pour différentes raisons.
Il y a d'abord l'effet de la radio, de la télé, et du téléphone. Les prononciations très typées se perdent, parce que ce qu'on entend amène à faire une espèce de moyenne entre différents accents régionaux, et qu'il s'y ajoute des déformations recherchées ou imposées par les imperfections techniques dans les enregistrements et les télétransmissions.
Ajoutons à cela un esprit "méthode globale", où l'on escamote l'analyse, "pourvu qu'on se comprenne". On ne s'intéresse pas aux finesses sonores quand elles ne sont pas "significatives".
Enfin, les efforts de prononciation demandés à nos collégiens concernent bien davantage l'anglais que le français. Le timbres d'une voyelle anglaise est souvent intermédiaire entre celui de deux voyelles françaises, et, en plus, mal défini par lui-même. D'où une certaine négligence pour notre propre langue.
B - Tout ça nous donne quelques cafouillages au niveau de la définition de la prononciation normale du français.
1°) Confusion in / un
Le premier cas ne date pas d'aujourd'hui, c'est celui du son "un", qui a dérivé progressivement pour devenir le son "in". "En dehors du cas de "brun" prononcé "brin", la différence de prononciation n'est pas "significative", c'est à dire qu'elle n'introduit pas de confusion dans la compréhension.
2°) Limitations auditives des individus
Avec une perte d'une trentaine de décibels dans certains aigus, les personnes atteignant la soixantaine ne sont plus capables de faire, à l'oreille, la distinction entre le son "un" et le son "in", alors que pour des jeunes enfants ayant une audition normale, cette distinction ne pose aucun problème.
3°) Dyslexie
Ce problème de la bonne identification des sons est à la base de la dyslexie, qui, au sens premier, signifie difficulté de lecture. Le cafouillage s'installe sur la base de sons mal identifiés, et il est décuplé par le fait que les écritures des différents sons sont elles-mêmes fluctuantes, ce qui donne la dysorthographie.
4°) Nombre des phonèmes d'une langue: une richesse ou un handicap?
Certaines régions ont encore maintenu la différence de prononciation entre le son "in" et le son "un". Mais il n'est pas sûr du tout que, là où la confusion s'est établie, une volonté raisonnable puisse permettre de revenir en arrière.
Ce n'est pas forcément souhaitable non plus. Les voyelles, au sens phonétique du mot, sont moins nombreuses dans l'italien que dans le français. Avec le sens du langage sonore que l'on connait chez les gens de la Botte, les voyelles italiennes sont mieux caractérisées que les nôtres. Résultat: les Italiens ont deux fois moins de dyslexiques que les Français à population égale.
Encore la comparaison est-elle faite à l'âge de dix ans. Elle pourrait bien être encore plus gênante cinq ans plus tard. Et, pour ne pas être trop naïf, il faut encore ajouter qu'on a souvent à faire à des orfèvres dans l'art de maquiller la vérité.
5°) Les sons de la famille du "e"
"Je laisse leurs bleus sécher". Vous avez compris que leurs habits ne sont pas secs et qu'ils devront en prendre d'autres pour aller au boulot. Mais, au point de vue phonétique, cette phrase comporte six voyelles toutes différentes les unes des autres, qu'on peut écrire respectivement: e , è, oe, eu, et, é.
L'avis des orthophonistes serait intéressant, mais il semble bien qu'on ait donc six sons dans la famille du e. Or, la prononciation officiellement retenue n'en retient que cinq.
Celle qui est donnée à l'aide de l'alphabet phonétique international confond derrière la même lettre epsilon le "et" de "fait" et le "è" de "fête". Un prof de français d'origine étrangère prononcera: "on fê la fête",. avec deux voyelles identiques è, è, là où nous avons et, è. Pour l'abréviation "fr" également, il prononcera "èfèr" ("è", "è"), alors que nous prononçons "ëfèr" ("et", "è").
6°) Les sons de la famille du "o"
Une orthographe simplifiée utilisée au Québec ne reconnaît qu'un son pour cette famille. L'inventaire des sons donné à l'aide de l'API en voit deux, comme dans "poteau". Il semble bien qu'il y en ait trois, ils apparaissent dans "aux aurores" ou dans "beau comme l'or". Celui qui n'a pas sa place dans l'API se trouve pratiquement toujours suivi d'un r, mais la réciproque n'est pas vraie.
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